L'éditorialiste de Cap Mission se prête ici à un exercice d'analyse sociologique.

"Une association forte entre niveau social et système scolaire est avérée. Des exceptions existent certes, mais elles n'invalident pas le modèle économique ni le raisonnement dans son ensemble."
Une offre éducative libéralisée reflète la structure d'une société. Dans un marché libre, la corrélation entre le prix et le pouvoir d'achat se fait naturellement. Ainsi, les parents issus de classes sociales aisées inscriront leurs enfants au sein des établissements scolaires fournissant les meilleurs services éducatifs alors que les parents modestes "subiront" les services de l'école publique. Entre ces deux pôles existe une myriade de niveaux stratifiés. Les missions française, espagnole, américaine, belge, italienne, les écoles privées, les écoles privées internationales, les écoles publiques, etc.
Le critère différenciant entre ces offres éducatives ? Le prix, toujours l'argent.
Ce propos peut être nuancé en stipulant que certaines écoles requièrent de passer des tests de niveau avant l'admission (nous analyserons ces tests dans un autre post à venir) mais il faut rappeler que ces tests ne sont ni officiels, ni standardisés et que les critères de notation et d'admissibilité sont à la discrétion des établissements scolaires.
Quel est le facteur principal lié à la qualité d'une école ? Qu'est-ce qui fait que les écoles types mission sont dites meilleures que les autres écoles ?
Nous affirmons ici que le choix des parents est principalement lié à l'influence de l'entourage des parents, de personnes présentant des caractéristiques sociales similaire.
De manière similaire, nous rappelons le facteur prépondérant dans la progression des enfants est le "peer factor", à savoir le niveau moyen des élèves dans leur entourage social, et donc scolaire, le plus proche.
Premier fait : les parents choisissent les écoles de leurs enfants sur la base du mimétisme.
Les parents vigilants se contenteront d'une visite des lieux et rencontreront, dans l'idéal, un responsable pédagogique. Cela suffira à déterminer leur choix.
Deuxième fait : les enfants apprennent par mimétisme
On entend souvent dire "telle école avait un excellent niveau il y a quelques années mais malheureusement son niveau a décru et elle déçoit à présent". Que se passe t-il en réalité ?
Les études statistiques sur la qualité des établissements montrent qu'un des principaux facteurs corrélé au niveau de l'école est le "peer factor", à savoir le niveau des élèves autour de l'enfant. Cela peut très bien se comprendre si on conçoit l'école comme un lieu de sociabilisation où les enfants, ces petits homo sapiens, apprennent dans un contexte de mimétisme. Prenez un enfant avec des difficultés scolaires et faites le étudier avec un enfant de meilleur niveau scolaire. Vous verrez alors le premier progresser.
La majorité des parents ont très bien intégré cette notion. Ainsi, les parents du deuxième enfant ne souhaitent pas que leur(s) enfant(s) étudie avec des enfants plus "faibles". Nous rencontrons ici le premier grand obstacle de la mixité scolaire : les parents aisés ne veulent pas que leurs enfants soient mêlés à des enfants de niveau social moindre, par crainte de démotion (régression sociale). En France par exemple, la résistance des familles aisées a entravé les projets de carte scolaire où la mixité était l'objectif. (1)
Que faire ? Quoi penser ?
Dire que le système scolaire est devenu mercantile est une évidence. L'exercice d'analyse de l'existant et d'une définition d'une cible plus juste pour notre société et efficiente pour notre économie est une nécessité vitale. Cela passe par une compréhension des faiblesses majeures de notre système publique mais aussi par une régulation renforcée afin de limiter l'influence capitalistique sur l'éducation.
En tant que société, nous devons nous poser la question suivante : que faire lorsqu'un bien commun comme l'éducation des prochaines générations est pris en otage par des intérêts privés aussi mal éclairés que ceux qui souhaitent la reproduction sociale des élites ?
Nous pensons que poser la question c'est déjà y répondre. L'étape suivante étant la recherche de moyen de résoudre ce problème, de préférence des solutions adressant la cause racine du problème.
La solution la plus évidente consisterait à fournir un service public de qualité mais force est de constater que le niveau de prestations de l'éducation nationale est d'une qualité médiocre dans notre cher pays. Les efforts récents du gouvernement n'auront d'impacts tangibles, dans le meilleur des cas, que dans quelques générations. Ceci étant conditionné par l'efficacité de ces réformes, efficacité à laquelle nos dirigeants ne nous ont malheureusement pas habitués. De plus, toute dynamique est minée par des résistances du corps social enseignant, qui entrave la bonne marche des réformes. L'enseignant étant la brique de base du système, il est fondamental que celui-ci soit à niveau pour assurer un enseignement de qualité. Or l'enseignant moyen marocain est politisé, impliqué et influent dans la vie de son quartier. Il est également respecté et suivi par son entourage. Une attitude hostile de la part des enseignants crée une vague de mécontentement dans notre pays. Il faut donc que les dirigeants jouent les équilibristes entre le rythme des réformes structurelles du secteur éducatif, qu'il est indispensable de mettre en oeuvre, et la prise en compte des résistances, nécessaire pour la paix sociale marocaine.
Ne souhaitant pas tirer sur une ambulance, nous allons élaborer une réflexion autour de ce sujet dans les posts à suivre.
Skipo - Equipe éditoriale Cap Mission
La majorité des parents ont très bien intégré cette notion. Ainsi, les parents du deuxième enfant ne souhaitent pas que leur(s) enfant(s) étudie avec des enfants plus "faibles". Nous rencontrons ici le premier grand obstacle de la mixité scolaire : les parents aisés ne veulent pas que leurs enfants soient mêlés à des enfants de niveau social moindre, par crainte de démotion (régression sociale). En France par exemple, la résistance des familles aisées a entravé les projets de carte scolaire où la mixité était l'objectif. (1)
Que faire ? Quoi penser ?
Dire que le système scolaire est devenu mercantile est une évidence. L'exercice d'analyse de l'existant et d'une définition d'une cible plus juste pour notre société et efficiente pour notre économie est une nécessité vitale. Cela passe par une compréhension des faiblesses majeures de notre système publique mais aussi par une régulation renforcée afin de limiter l'influence capitalistique sur l'éducation.
En tant que société, nous devons nous poser la question suivante : que faire lorsqu'un bien commun comme l'éducation des prochaines générations est pris en otage par des intérêts privés aussi mal éclairés que ceux qui souhaitent la reproduction sociale des élites ?
Nous pensons que poser la question c'est déjà y répondre. L'étape suivante étant la recherche de moyen de résoudre ce problème, de préférence des solutions adressant la cause racine du problème.
La solution la plus évidente consisterait à fournir un service public de qualité mais force est de constater que le niveau de prestations de l'éducation nationale est d'une qualité médiocre dans notre cher pays. Les efforts récents du gouvernement n'auront d'impacts tangibles, dans le meilleur des cas, que dans quelques générations. Ceci étant conditionné par l'efficacité de ces réformes, efficacité à laquelle nos dirigeants ne nous ont malheureusement pas habitués. De plus, toute dynamique est minée par des résistances du corps social enseignant, qui entrave la bonne marche des réformes. L'enseignant étant la brique de base du système, il est fondamental que celui-ci soit à niveau pour assurer un enseignement de qualité. Or l'enseignant moyen marocain est politisé, impliqué et influent dans la vie de son quartier. Il est également respecté et suivi par son entourage. Une attitude hostile de la part des enseignants crée une vague de mécontentement dans notre pays. Il faut donc que les dirigeants jouent les équilibristes entre le rythme des réformes structurelles du secteur éducatif, qu'il est indispensable de mettre en oeuvre, et la prise en compte des résistances, nécessaire pour la paix sociale marocaine.
Ne souhaitant pas tirer sur une ambulance, nous allons élaborer une réflexion autour de ce sujet dans les posts à suivre.
Skipo - Equipe éditoriale Cap Mission
2 commentaires:
Très bon article ! Pensez-vous que la politique de privatisation adoptée par l état nuit a la situation ? J ai l impression personnellement que sa crée un loop du quel il est tres dur de sortir. Je partage beaucoup de vos idées.
Situation assez bien simplifiée. Merci pour cet article. Cependant, quels devraient être les critères de choix d'écoles pour nos enfants? Et encore selon vous, quel rôle institutionnel pourrait encore jouer l'état? Contrôle inspection réglementation?
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